Les barrages, dont certains dépassent un demi-siècle d’exploitation, sont aujourd’hui soumis à des contraintes inédites liées à l’intensification des crues et à l’usure structurelle. Conscient de ces enjeux, le Conseil de gouvernement a examiné, le 5 février, un projet de décret destiné à renforcer la sécurité des infrastructures hydrauliques et à uniformiser leur contrôle à l’échelle nationale.
Le nouveau cadre réglementaire introduit une classification des barrages en trois catégories A, B et C selon leur hauteur et leur capacité de stockage. Cette segmentation permettra de hiérarchiser les priorités et d’orienter les investissements vers les ouvrages les plus stratégiques. Les barrages de catégorie A, dont une défaillance pourrait entraîner des pertes économiques majeures, feront l’objet d’une surveillance quotidienne et d’audits approfondis tous les cinq ans. Les catégories B et C bénéficieront d’un suivi adapté, conciliant efficacité et maîtrise des coûts.
La réforme prévoit également l’intégration de technologies avancées, notamment la création d’un jumeau numérique pour chaque barrage. Cet outil permettra de simuler différents scénarios de crues, d’anticiper les défaillances potentielles et de planifier les interventions nécessaires. L’objectif est de réduire l’impact économique des incidents hydrauliques, dont les conséquences peuvent se chiffrer en centaines de millions de dirhams pour l’agriculture, l’énergie et les infrastructures locales.
Le séisme de septembre 2023 a mis en lumière la vulnérabilité des ouvrages face aux risques combinés de crues et de secousses telluriques. En réponse, le décret prévoit l’installation de capteurs sismiques et de dispositifs d’auscultation dynamique pour les barrages situés dans les zones à risque, renforçant ainsi la capacité d’alerte et de réaction des autorités.
Par ailleurs, le parc hydraulique construit dans les années 1970 et 1980, à l’image des barrages Idriss Ier ou Al Massira, montre des signes de fatigue structurelle. La modernisation des systèmes de vidange et le remplacement des vannes anciennes figurent parmi les priorités afin de garantir la continuité du stockage et de limiter les pertes économiques à long terme.
Le texte instaure un équilibre entre surveillance régulière et contrôles approfondis. Les barrages de catégories A et B seront suivis quotidiennement, tandis que ceux de catégorie C feront l’objet d’une surveillance hebdomadaire. En cas d’événement exceptionnel, comme un séisme d’une magnitude supérieure ou égale à 5 ou des crues extrêmes, un dispositif de suivi renforcé sera automatiquement déclenché.
Au-delà de la sécurité des populations, cette réforme vise à préserver un pilier essentiel de l’économie nationale. Les barrages jouent un rôle clé dans l’irrigation agricole, la production hydroélectrique et la régulation des crues en zones urbaines. Selon les experts, la défaillance d’un ouvrage stratégique pourrait engendrer des dommages se chiffrant en milliards de dirhams.
Pour compléter ce dispositif, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a annoncé la création d’une brigade spécialisée composée de plongeurs, de géotechniciens et d’experts en hydraulique. Cette unité sera chargée d’inspecter les fondations des barrages et de renforcer la prévention, afin de sécuriser durablement un patrimoine hydraulique vital pour le pays.


